L’Outaouais : une région, deux réalités
La région de l’Outaouais couvre cinq MRC : Pontiac, Papineau, Les Collines-de-l'Outaouais, La Vallée-de-la-Gatineau et Gatineau, ainsi que deux communautés autochtones, ce qui représente 342 225 personnes (selon les données de 2001) réparties dans 75 municipalités.
Selon l'Institut de la statistique du Québec, la population de la région de l'Outaouais devrait continuer à croître au cours des années à venir. L'Outaouais sera même, après la région des Laurentides, celle qui présentera la plus forte croissance de sa population, une hausse estimée à 10,7 % d'ici 2016. Sur le plan des ressources économiques, la région se distingue de l'ensemble du Québec sur plusieurs aspects. Le taux de chômage y est plus faible que dans l'ensemble du Québec et un
revenu moyen parmi les plus élevés de toutes les régions, soit 26 000$.
Le secteur des services accapare 40 % de cette main-d'oeuvre, suivi de l'activité gouvernementale avec 22 %, du commerce de gros et de détail avec 15 %, des industries manufacturières et de la construction avec 13%. L'administration publique et le secteur des services prennent donc une place prépondérante en Outaouais. L'Outaouais se classe aussi au premier rang des régions du Québec pour sa proportion d’emplois du secteur tertiaire et au premier rang pour ses entreprises exportatrices de haute technologie. La main-d'oeuvre est appréciée tant pour son haut niveau de scolarisation que pour son taux de bilinguisme atteignant 60%.
Deux réalités régionales : des différences rurales/urbaines
Les villes favorisées forment un noyau au centre-sud de l'Outaouais, à proximité d'Ottawa, composé principalement du milieu urbain et de sa proche périphérie. À mesure qu’on s’éloigne du centre, les municipalités rurales ont tendance à être de plus en plus dévitalisées. La distance par rapport à Gatineau devient donc un facteur important de développement et de la vitalité socio-économique.
Il y donc lieu de constater un écart entre l'Outaouais rural et l'Outaouais urbain, une réalité qui ne diminue pas avec les années. Entre 1986 et 2001, l'écart entre les taux d'activité du milieu rural et urbain est passé de 13,6 % à 15,6 %. Il y donc un fossé qui se creuse entre les riches et les pauvres et ces inégalités amènent des conséquences pour la population locale.
Les jeunes quittent les espaces moins dynamiques pour aller vers les lieux de croissance, ce qui prive ces localités de leurs ressources humaines les plus énergiques. Ajoutons à cette situation le déséquilibre démographique qui se traduit par une sous-représentation des contribuables pour financer des services, ainsi que de ceux qui, par leurs idées innovatrices, pourraient apporter des occasions d'investissement économique et social. De manière plus générale, la région de l’Outaouais est reconnue pour son faible entrepreneurship. La forte présence de la fonction publique en est la principale cause, tout comme la proximité d'Ottawa qui a un pouvoir plus attractif pour certains types d'entreprise (dans la haute technologie, par exemple). Toutefois, le dynamisme entrepreneurial des dernières années s'effectue surtout en périphérie.
La MRC des Collines qui ceinture le nord de Gatineau a été marquée récemment par une forte poussée démographique et enregistre une forte croissance d'entreprises. Cependant, comme l’engouement pour cette banlieue est encore récent, le nombre d'entreprises est encore très faible.
La MRC Papineau et la MRC Vallée-de-la-Gatineau s'en tirent bien avec une croissance appréciable des entreprises, et ce, même si la croissance de la population est relativement stable sur le territoire. Seule la MRC Pontiac fait bande à part avec un faible dynamisme entrepreneurial sur son territoire.
Communications et culture
En matière de communications, l'Outaouais possède un quotidien national francophone (Le Droit), deux quotidiens anglophones (The Ottawa Citizen et The Ottawa Sun), 18 hebdos, 19 postes de radio, sept postes de télévision et tous les signaux transportés par les câblodistributeurs locaux. La zone urbaine compte une demi-douzaine de musées et de centres d'exposition, une galerie communautaire, quatre salles de spectacle, trois centres de production, un institut international du multimédia, un réseau régional de bibliothèques reliées par intranet et Internet, plusieurs salles de cinéma ainsi que des écoles de musique et de danse.
L'Outaouais abrite aussi le Musée canadien des civilisations de même qu'un écomusée et la proximité d'Ottawa donne accès à la plus grande concentration d'institutions culturelles au pays. La région offre aussi plusieurs activités liées à la nature, à la randonnée pédestre, de vélo, de ski ou de motoneige, des paysages diversifiés et un réseau cyclable appréciable.
Les stratégies des radios régionales
CHIP à Fort-Coulonge
À la frontière ontarienne de la MRC Pontiac, la station se trouve dans un milieu largement défavorisé. Le village est éloigné des grands centres, son taux de chômage et d’assistance sociale est élevé, son industrie forestière est en déclin, et les commerces sont peu nombreux.
Pour contrer ces problèmes, la radio joue un rôle actif au sein de la communauté et des organismes locaux. Elle répond à leurs besoins, diffuse les nouvelles qui les concernent et sympathise avec leur réalité. Récemment, la fermeture de deux usines et le déménagement des
commissions scolaires francophone et anglophone à Maniwaki et à Aylmer respectivement ont entraîné une perte d’emploi importante à Fort-Coulonge. « On est là seulement pour annoncer l’événement. On n’a pas de pouvoir politique ou d’influence », admet le directeur général, Frank Doyle.
En réponse à la réalité du milieu, CHIP compte se procurer une antenne plus puissante par le biais d’une campagne d’autofinancement et être en mesure de diffuser ses émissions en direct sur les lieux des événements. Ceci lui permettra d’accroître son rayonnement auprès d’un plus vaste auditoire, qui pourra ainsi l’alimenter en nouvelles et lui acheter de la publicité. Faute de fonds, « la radio n’a pas le personnel pour prendre de l’avance dans les dossiers. On n’a pas de
journalistes, ni d’émissions d’affaires publiques. On attend que les gens appellent pour avoir des nouvelles. » La radio profite actuellement de l’auditoire et des achats publicitaires des autres municipalités du Pontiac et des villes ontariennes adjacentes.
De plus, la radio encourage le développement de l’industrie touristique locale – et ses retombées économiques – en diffusant des publicités sur les attraits tels que le Musée de la Maison Bryson, les Chutes Coulonge, le rafting et le canotage, ou encore la chasse et la motoneige l’hiver. Le tourisme constitue une avenue prometteuse pour l’économie régionale.
CHGA à Maniwaki
La radio fait partie de la MRC Vallée de-la-Gatineau, une région en plein essor économique avantagée par sa proximité de Hull et d’Ottawa. Comme le prouve l’affluence des villégiateurs l’été. « On est en mouvement. On le ressent ! » atteste Lise Morissette, directrice générale de CHGA. « Tout le monde met l’épaule à la roue et on sent que ça bouge, qu’il y a une volonté de la part de la population et des élus. » Présente dans divers organismes, tables de concertation et foires commerciales, la radio s’implique dans de nombreuses activités liées à la lutte à la pauvreté, la jeunesse, l’emploi et l’économie. Elle participe à une collecte régionale de denrées non périssables pour les épiceries communautaires, a lancé en ondes un concours pour inciter les élèves du secondaire à améliorer leurs notes, et invite les jeunes à apprendre les rudiments de la radio.
De plus, CHGA se donne pour mission de suivre les dossiers importants et d’en informer ses auditeurs. « Les gens veulent savoir ce que les élus font pour nous aider », affirme Mme Morissette, notamment face aux problèmes de l’industrie forestière. La fermeture d’une entreprise a causé des pertes d’emploi importantes, mais la MRC compte ouvrir une nouvelle entreprise de 2e et 3e transformation du bois. Afin de stimuler l’économie locale, la radio diffuse depuis l’an dernier des chroniques sur les produits et services offerts dans la région, tels que les marchés agroalimentaires et le camping sauvage. Forte du succès remporté, elle se déplacera cet été dans les villes et villages pour présenter des chroniques sur leurs attraits touristiques.
Mme Morissette estime que le développement de la région passe par le retour des jeunes diplômés et la venue de professionnels. Pour les garder « il faut leur offrir non seulement une qualité de travail, mais une qualité de vie. Et donc leur offrir des activités de loisirs ! »
Lise Millette©2006
Marie-Catherine Leroux©2006

