Le Nord-du-Québec, la plus " ressource " des régions ressources!

La région du Nord-du-Québec se distingue par ses richesses naturelles. L'hydroélectricité, les mines et la forêt constituent la base de son économie régionale, pour une population qui représente à peine 0,5 % de toute la population québécoise et un territoire de 718 229 kilomètres carrés!

La démesure des infrastructures hydroélectriques fait figure d'emblème du territoire, notamment avec le complexe La Grande de la Baie-James, qui génère 50 % de la puissance installée d'Hydro-Québec. Du reste, les grands espaces du Nord-du-Québec sont habités par trois communautés culturelles : la nation inuite (23 %) habite le nord du 55e parallèle, dans le Nunavik; la nation crie (29 %) et les Jamésiens (48 %), se trouvent quant à eux dans la sous-région de la Baie-James.

Une diversité qui commande des " accommodements "

La diversité culturelle qui caractérise le Nord-du-Québec a nécessité la mise en place d'une dynamique d'organisation du territoire peu commune, de même que le maintien de services qui se trouvent définis en partie dans la Convention de la Baie-James et du Nord québécois (CBJNQ).

Parmi ces " accommodements ", on retrouve des structures institutionnelles en matière de santé, de services sociaux et d'éducation adaptées aux réalités culturelles et géographiques de chaque groupe de population de la région.

Le cadre juridique des municipalités a aussi été revu en partie afin de permettre la mise en œuvre de lois distinctes. Les structures de développement local et régional ont également été modulées selon les particularités socioculturelles, économiques et territoriales.

Économie : les ressources naturelles occupent une place centrale

Les deux principales activités économiques du Nord-du-Québec sont l'exploitation minière et l'exploitation forestière. Pour ce qui est des ressources minérales, certaines sont encore inexplorées. Cela dit, l'exploitation des ressources a pour corollaire une préoccupation constante quant à la fragilité des écosystèmes et de l'environnement.

D'autre part, la géographie, la faune et les attraits naturels du Nord-du-Québec sont des éléments qui gardent une valeur touristique à accroître et à développer encore davantage. L'industrie culturelle y vivrait aussi une certaine croissance. Les faiblesses demeurent la démographie et le niveau de revenu. Par contre, et ce, à chaque année depuis 2002, le marché du travail du Nord-du-Québec est (on ne peut pas dire qu'il a toujours été supérieur, si on spécifie que c'est depuis 2002) supérieur à la moyenne québécoise. Bien qu'évidentes, les particularités régionales telles que la distance et la nordicité doivent donc s'inscrire comme des défis, plutôt que des freins.

Lise Millette©2007

Le point de vue des radios : les avantages de la nordicité

CHEF à Matagami

La radio CHEF FM dessert Matagami, un petit village de 2 000 habitants, autour duquel on retrouve un important groupe de Cris. Même s'ils sont à majorité anglophones, certains Cris écoutent la radio depuis leur campement dans les bois et sont particulièrement fiers du nom de CHEF. Selon Marie-Ève C. Gallant, directrice générale, les retraités et les jeunes quittent Matagami puisqu'il n'y a aucun établissement postsecondaire. De plus, les catégories d'emploi sont peu nombreuses et peu de jeunes reviennent y travailler.

Marie-Ève C. Gallant s'étonne des données du portrait qui mentionne que le " marché du travail [est[ supérieur à la moyenne québécoise depuis 2002 ". En fait, le taux de chômage a augmenté depuis que les deux principaux employeurs, Domtar et les Mines Matagami, ont fermé leurs portes. Toutefois, les travaux du site minier Persévérance amorcés en novembre dernier pourraient créer 200 emplois dans les 5 à 7 prochaines années.

L'un des problèmes est que Matagami demeure un village transitoire et non une destination finale, constate Mme Gallant. Ce sont principalement les chasseurs de caribous et les gens en route vers la Baie James qui s'y arrêtent. De plus, ceux-ci ne contribuent pas au développement économique, hormis par leurs dépenses à l'hôtel, au restaurant, à la station d'essence et à l'épicerie. " Le Service de développement touristique de la ville de Matagami est en train de développer des produits qui vont faire de Matagami une destination et non pas un simple lieu de passage. Il y a des beaux projets sur le plan écotouristique qui vont être super intéressants. "

Préoccupée par l'environnement, la radio profite des temps morts de la programmation pour diffuser des messages publicitaires à ce sujet. Or, la directrice générale estime que Matagami n'est malheureusement pas une ville plus verte que les autres, malgré son intention de le devenir. " Je pense qu'on n'est pas parti pour ça. De toute façon, c'est une ville d'hiver avec des motoneiges. La motoneige, ça fait de la pollution. […] Je suis moi-même la première à en utiliser?… On roule en 4 x 4 et ça me fait mal au cœur des fois. Mais on n'a pas le choix. "

En ce qui a trait aux soins de santé, Matagami peut s'enorgueillir de la rapidité de son service d'urgence qui ne prend souvent pas plus de 15 minutes. Par contre, il y a un besoin urgent à combler : " Nous n'avons plus de pharmacie depuis plusieurs années. " Se procurer du sirop contre la toux devient même compliqué.

Si le portrait affirme que " la distance et la nordicité doivent donc s'inscrire comme des défis, plutôt que des freins ", Mme Gallant ajoute un bémol. " J'accroche souvent sur la distance. Loin de qui, loin de quoi? Je dirais : qui est éloigné de qui, aussi? […] Souvent, quand on habite dans le Nord, se faire rabrouer les oreilles avec la distance, on commence un peu à en avoir assez. Je ne me sens pas nécessairement plus loin que vous. " Pour elle, le mot défi représente quelque chose à surmonter et à vaincre, alors qu'elle conçoit la nordicité comme un avantage et un plaisir. Si on leur présentait les avantages, " la vision que les gens à l'extérieur du Nord auraient de notre coin de pays serait tellement plus positive, tellement plus agréable et tellement plus près de la réalité aussi. De respirer l'air frais, ça fait tellement de bien, c'est tellement revigorant et c'est tellement un avantage pour nous par rapport aux autres qui vivent dans la pollution! […] La nordicité, c'est aussi souvent la proximité. C'est la qualité du service, le contact avec son prochain. Ce sont des avantages, pas des défis! "

CIAU à Radisson

Seul employé à temps plein et salarié, Patrice Maltais porte plusieurs chapeaux : directeur général, animateur, responsable de la direction musicale et des ventes à CIAU FM. Selon lui, Radisson est " une petite communauté éloignée qui survit très bien ". Le taux de chômage y est très bas et la moitié de la population active de ce village de 357 habitants travaille à Hydro-Québec et à Air Inuit. Le conseil d'administration bénévole de la radio est d'ailleurs formé d'employés d'Hydro-Québec et d'Air Inuit.

L'environnement, bien qu'une préoccupation majeure dans la région (pensons au chantier de construction Eastmain-1-A et à la dérivation de la rivière Rupert), ne constitue pas un enjeu important à Radisson, selon Patrice Maltais, contrairement à la distance. " Il ne faut pas oublier qu'on est quand même à 700 km de Matagami, qui est le village le plus proche ", mis à part la réserve autochtone crie de Chisasibi. Cette distance joue un rôle au plan économique. Les salaires sont élevés, mais le coût de la vie l'est également. " Ça coûte cher de faire venir des produits, donc la population paie pour les surplus. "

Toutefois, M. Maltais note l'avantage " que les premières expériences peuvent se faire en région éloignée, comme moi qui est animateur de radio depuis six mois maintenant. Je n'aurais jamais eu une occasion comme ça, d'avoir un travail à temps plein, si ça n'avait été de Radisson. " Avec à peine une centaine d'auditeurs, l'animateur constate que " c'est un petit monde, c'est une petite famille, donc chaque commentaire n'est pas entendu, mais écouté. Il faut toujours différencier entendre et écouter. Le monde est attentif au produit local et ça permet d'avoir également une créativité totale. "

La proximité a un impact sur le rapport qu'entretient la population avec les services du centre régional de santé et des services sociaux. " Beaucoup de monde se retient d'aller à la pharmacie et à l'hôpital, justement pour ne pas faire parler les gens. "

Sur le plan touristique, le directeur général constate que des Français et d'autres Européens profitent souvent de leur séjour au Québec pour visiter les installations hydroélectriques, où sont organisées des visites guidées à leur intention.

Tout compte fait, Patrice Maltais se réjouit de la nordicité. " Moi, j'encourage fortement les jeunes - pas pour l'économie locale - mais pour leur propre expérience de la vie de venir vivre ce que c'est le Grand Nord et d'être autonome. Puis, je dirais que la grande ville, c'est bien beau, mais il y a autre chose dans la vie également. Il ne faut pas oublier qu'il y a du monde qui vit dans le Grand Nord! "

Marie-Catherine Leroux©2007