La Montérégie : une région aux mille visages

Couvrant 15 MRC et deux communautés autochtones, la région de la Montérégie doit son appellation à la spécificité que lui procure les collines montérégiennes (mont Saint-Hilaire, mont Rougemont, mont Yamaska, mont Saint-Grégoire, mont Saint-Bruno et mont Rigaud). Elle représente un territoire de plus de 10 000 kilomètres carrés et compte 1 356 350 personnes réparties dans 180 municipalités. Avantageusement située au sud de l’Île de Montréal, à mi-chemin entre les villes de Québec et d’Ottawa, la Montérégie se distingue par sa diversité touristique où culture, agriculture et patrimoine se confondent.

Bordée de lacs et de rivières, la Montérégie possède un réseau hydrographique qui a été le théâtre de plusieurs épisodes historiques. Une caractéristique qui en fait d’ailleurs la troisième région en importance au Québec pour le nombre de sites historiques, de musées et de centres d’interprétation. La rivière Richelieu, qui traverse la Montérégie du nord au sud, a d’ailleurs servi de voie navigable pour le commerce avant de voir construire sur ses berges des fortifications qui servirent à défendre la population des attaques militaires. La Montérégie est un terreau fertile et sa population en pleine croissance bénéficie notamment de l’étalement urbain de la ville (Montréal) vers la banlieue. L’âge moyen des habitants se situe à 36,9 ans et, selon l'Institut de la statistique du Québec, la population devrait continuer à augmenter, avec une hausse de 5,6 % d'ici 2016. 

Une économie diversifiée 

L’économie de la Montérégie repose sur des secteurs clés et diversifiés qui vont de l’agroalimentaire à l’aéronautique, en passant par le transport et plusieurs entreprises industrielles. La région compte également sur des pôles de savoir, avec l’arrivée de pavillons universitaires, mais aussi des centres d’études spécialisés dont l’école d’aérotechnique ou encore la Faculté de médecine vétérinaire de St-Hyacinthe, pour ne nommer que ceux-là. La région peut d’ailleurs se vanter d’atteindre le 4e rang des régions québécoises qui se démarquent au chapitre de l’économie du savoir avec 15 % de sa population possédant des emplois dont le niveau de savoir requis est élevé. En effet, une part importante des emplois de l'industrie des aéronefs et pièces d'aéronefs et des industries chimiques se retrouvent dans la région. Outre les domaines hautement spécialisés, la Montérégie, que l’on nomme aussi le « Jardin du Québec » renferme toutes les activités de la pomme à l'érable, en passant par la vigne et une multitude de petits fruits, plusieurs fromageries et produits du terroir. On y retrouve également la route des vins et des cidres. 

La culture du sol et de l’âme 

La Montérégie comprend le plus grand nombre de théâtres d'été, de clubs de golf, de pistes cyclables du Québec accueille plusieurs festivals, abrite le Parc Safari et le Zoo de Granby ainsi que deux réserves mondiales de la biosphère (le mont Saint-Hilaire et l'archipel du lac Saint-Pierre).La région accueille aussi une forte concentration d’artistes qui excède largement le nombre de 500 regroupés ou non auprès des 230 organismes associés au domaine culturel. En matière de communications, la région de la Montérégie compte le plus grand nombre d’hebdomadaires de toutes les régions du sud du Québec. On y retrouve quatre radios communautaires, le FM 103,3 Longueuil, CHAI Chateauguay, CHOC St-Rémi et FM 103,7 Acton Vale. De manière générale, en Montérégie, la radio est écoutée par une part de la population légèrement plus grande qu’ailleurs au Québec et la concentration de stations publiques et privées y est plus importante que dans les régions périphériques. La proximité avec la métropole fait en sorte que la concurrence y est importante, pour ne pas dire féroce, et le principal défi demeure encore de se démarquer. 

Lise Millette©2006

Radios communautaires en Montérégie : Visions

CHOC à Saint-Rémi

Située à Saint-Rémi dans la MRC des Jardins-de-Napierville, la station CHOC est tributaire de ses ventes publicitaires qui n'ont pu atteindre leur plein potentiel en raison de la zone de diffusion restreinte. Voilà pourquoi le directeur général de CHOC, Richard Vigneault, annonce que la radio " est en train de développer un projet visant à augmenter le rayonnement à tout le territoire de la MRC, ce qui n'est pas le cas actuellement ". Ce projet, qui devrait voir le jour à la fin 2007, permettrait d'atteindre un auditoire quatre fois plus grand, ce qui attirera les commanditaires et assurera de nouveaux revenus, assure M. Vigneault.

La région vibre actuellement sous le dynamisme entrepreneurial, tel que le prouve la croissance des entreprises agricoles, de transformation et de production diverse, ce qui représente un bassin de commanditaires potentiels intéressant. Si la station sort d'une période creuse étant donné sa mauvaise administration -la conduisant presque à sa fermeture -, Richard Vigneault et son équipe œuvrent depuis un an et demi à rebâtir la crédibilité de CHOC auprès des annonceurs et des auditeurs. " Les réactions ont été très positives, mais c'est un défi en constante évolution! " Présente dans son milieu, la radio fait partie d'une table de concertation des organismes de développement social et prend part à divers événements dans les milieux agricoles et industriels. D'ailleurs, deux nouvelles émissions en ondes touchent spécifiquement le secteur agricole.

Il va sans dire que l'information locale renforce le sentiment d'appartenance de l'auditoire de CHOC, majoritairement formé d'une population rurale, car les hebdomadaires régionaux ne répondent pas à ses besoins en matière de contenu.
" Les gens veulent avoir accès à de l'information de leur milieu, savoir ce qui se passe chez eux : c'est ce qui nous différencie des stations montréalaises. Les émissions locales et la participation des organismes font la couleur de notre station. "

CFID à Acton Vale

La radio CFID est également rurale et la MRC d'Acton est aux prises avec des problèmes économiques liés à la mondialisation. Selon le directeur général Patrick Fortin, " ça ne va pas bien sur le plan agricole et industriel. Les Chinois nous font mal ici aussi. Cette année, on a perdu 12 % en masse salariale et on en avait perdu 12 % l'an dernier. " M. Fortin cite entre autres la crise de l'industrie porcine ayant fait subir un dur coup à l'entreprise locale Olymel, ainsi que le manque de relève de la main-d'œuvre agricole. " Comme partout, on subit la mondialisation. Il faut essayer de compenser en créant des PME de fabrication et de service. Depuis plusieurs années, la région tente de se diversifier. La MRC veut mettre l'accent sur les entreprises de service, puisque la ville est bien située, soit près des marchés de Drummondville, Saint-Hyacinthe et Granby. " De plus, la radio veut donner le goût aux gens visant ces marchés de déménager à Acton Vale!

Fondée il y a deux ans, CFID est en pleine expansion : elle achète de la publicité régionale et s'implique dans les intérêts locaux. Elle a également créé un grand spectacle en septembre dernier, Le Show de la rentrée, qui a remporté un énorme succès. Toutefois, il y a un an, la mauvaise programmation a failli avoir raison de la radio. Fort heureusement, la communauté l'a reprise en main. Depuis l'arrivée de Patrick Fortin à la barre de CFID, un travail de restructuration a permis à la radio de retrouver une image positive et de regagner sa notoriété. " À la base, il faut répondre à un besoin par l'information qu'on donne, mais il faut aussi créer un besoin par la musique diffusée. " Selon un récent sondage, la population écoute majoritairement la radio en semaine, de 8 h à 21 h, et la fin de semaine, entre 8 h et 18 h. Les ventes de publicité ont augmenté en 2006 et le chiffre d'affaires de la station s'est accru de 43 %. M. Fortin prévoit une augmentation additionnelle de 20 % en 2007. La compétition est cependant féroce car les auditeurs de CFID captent toutes les radios de Montréal, en plus de celles de Drummondville, de Saint-Hyacinthe, de Granby, de Sherbrooke et de Trois-Rivières. " Sauf que les gens de la MRC [d'Action] veulent entendre parler d'eux différemment. " Ainsi, la programmation gravite autour de l'information locale le matin et lors du retour à la maison. L'équipe stable composée d'employés permanents rémunérés favorise une programmation de qualité; il ne manque qu'un journaliste.

En plus de son rôle radiophonique, CFID " veut jouer un rôle très actif dans la promotion d'Acton Vale sur le plan social, culturel, surtout économique, puis touristique ", conclut Patrick Fortin.

CHAA à Longueuil

" Contrairement à ses consoeurs régionales, la radio urbaine de Longueuil a pour principal défi de se démarquer des médias montréalais, tout en offrant un produit de même qualité, mais avec beaucoup moins de ressources ", affirme Éric Tétreault, directeur général de CHAA. La principale difficulté consiste à attirer l'auditoire formé des " banlieusards qui ont un chalet en Estrie et qui travaillent à Montréal ".

Selon un sondage réalisé en 2001-2002, 30 % des auditeurs éprouvent un fort sentiment d'appartenance envers la station, puisqu'ils vivent, travaillent et consomment à Longueuil; 30 % représentent des auditeurs potentiels non atteints, c'est-à-dire les banlieusards sans sentiment d'appartenance, pour lesquels la banlieue constitue un dortoir dont le seul point d'ancrage réside dans les activités sportives de leurs enfants et enfin 30 % sont inaccessibles, écoutant la radio en fonction de la musique et non de la station.

Pour Éric Tétreault, la stratégie afin d'accroître son auditoire consiste " à s'assurer d'alimenter les gens par différents moyens de communication ", par exemple par l'entremise d'un placement publicitaire sur les autobus et par la diffusion de contenus interpellant directement les Longueuillois, tels que la hausse des taxes. À l'heure du téléchargement sur iPod, " on a pris un virage vers le contenu verbal, pour se démarquer par l'information locale ", explique M. Tétreault. Le matin et le midi, CHAA donne un rendez-vous de 20 minutes à ses auditeurs pour approfondir les dossiers quotidiens importants touchant la Rive-Sud, en présence des intervenants en ondes. Radio diffusant des dossiers exclusifs, radio des mesures d'urgence, le slogan de CHAA " la radio allumée " reflète ce positionnement. Encore une fois, l'expérience de l'équipe d'animateurs rémunérés explique la stabilité de la programmation.

Enfin, le grand projet auquel s'atèle Éric Tétreault est l'implantation, en février 2007, d'un mini-réseau de partage de contenus avec les radios communautaires de la première couronne de la Montérégie.

CHAI de Châteaugay

Le directeur général de CHAI, Sylvain Poirier, est d'avis que " c'est un marché qui est hyper sollicité, proche des grandes zones urbaines. Les gens ont le choix d'écouter d'autres radios, ils sont menés par les médias plus sensationnalistes ", et ce, en plus de la concurrence du regroupement de journaux locaux les Hebdos montégériens, implanté depuis fort longtemps. " C'est plus difficile pour nous d'aller chercher de la visibilité compte tenu des outils à notre portée. " De nombreux OBNL veulent vendre de la publicité ce qui augmente la concurrence, même si la radio est un média complémentaire et non concurrentiel. Voilà pourquoi M. Poirier croit énormément au réseau d'échange de contenus de l'ARCQ comme porte de visibilité.

CHAI peut compter sur un auditoire fidèle, mais son directeur général croit qu'il manque d'interaction entre l'auditoire et la radio, afin de connaître l'opinion des auditeurs face aux bons coups de la station. " La MRC Roussillon est un endroit qui connaît beaucoup d'effervescence sur le plan culturel. Il y a une volonté de s'afficher, de rayonner, c'est un grand marché. " Le dynamisme économique des gens d'affaires et du mouvement des CLD en fait d'ailleurs foi. Selon Sylvain Poirier, il est important que les intervenants des divers milieux intègrent la radio communautaire dans leur plan de communication. À l'ère de la convergence, " les médias communautaires sont un élément important de sensibilisation et de prise de conscience, affirme M. Poirier, qui siège à différents conseils et tables de concertation afin de faire connaître sa radio communautaire. On doit se démarquer par le contenu, et mettre l'accent sur les nouvelles régionales, tout en diffusant la musique des talents locaux. "