Portraits des régions du Québec

Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine : un potentiel en développement

À l’embouchure du golfe du Saint-Laurent, la péninsule gaspésienne (20 244 km2) et l’archipel des Îles-de-la-Madeleine (202 km2) couvrent un territoire grand comme la Belgique. Celui-ci comprend cinq MRC (Haute-Gaspésie, Côte-de-Gaspé, Rocher-Percé, Bonaventure et Avignon) et une municipalité hors MRC, les Îles-de-la-Madeleine, composée d’une douzaine d’îles à 255 km des côtes.

En 2006, on dénombre 96 681 Gaspésiens et Madelinots, soit 1,3 % de la population québécoise, répartis dans 42 municipalités locales, sept territoires non organisés et deux communautés micmaques. Les trois principales agglomérations sont Gaspé, les Îles-de-la-Madeleine et Chandler, mais la plupart des autres localités comptent moins de 5000 habitants.

Bien que le français soit la langue maternelle prédominante, des anglophones vivent dans le sud de la péninsule et peuplent presque exclusivement deux localités des Îles.

Depuis vingt ans, la population a diminué plus rapidement que dans toute autre région. Entre 1986 et 2001, elle s’est réduite de 19 000 habitants, alors qu’elle ne cesse d’augmenter dans l’ensemble de la province. On prévoit qu’elle perdra encore 16 000 habitants d’ici 2026. Cela s’explique par la migration interrégionale, la quasi-absence d’immigration, le faible taux de natalité et surtout le vieillissement galopant de la population.

De la précarité à la relance économique

Région maritime par excellence, l’économie de la Gaspésie et des Îles repose naturellement sur la pêche, la forêt et le tourisme, qui représentent le quart de toute l’activité économique. La moitié des PME œuvrent dans la production manufacturière d’exploitation et de transformation du bois et des produits de la mer. Grâce à ses parcs nationaux, au sentier des Appalaches, au rocher Percé, aux plages et aux dunes des Îles, la région s’avère une destination reconnue à l’échelle internationale. Dans une moindre mesure, les activités minières et agricoles occupent également une part de l’emploi.

Or, ces activités saisonnières sont en partie responsables de la précarité économique de la région, en plus de la conjoncture défavorable, la diminution des ressources, le conflit sur le bois d’œuvre et la dépendance envers les transferts gouvernementaux. La Gaspésie et les Îles détenaient, en juin 2006, le taux de chômage le plus élevé du Québec (18,3 %) et le taux d’emploi le plus faible chez les personnes de 15 ans et plus (42,1 %). À l’apogée des activités saisonnières, le taux d’emploi frôle les 50 % et le taux de chômage oscille autour de 13 %. C’est la deuxième région la moins scolarisée au Québec, le revenu personnel par habitant est l’un des plus bas et on y enregistre la plus forte proportion de familles à faible revenu. Malgré ces constats négatifs, le niveau de scolarisation de la population et le taux d’emploi des femmes se sont améliorés entre 1991 et 2001.

Dans le cadre du projet ACCORD (Action concertée de coopération régionale de développement), la région a déterminé trois créneaux d’excellence pour exploiter son potentiel : les ressources, sciences et technologies marines; l’éolien et le récréotourisme. Ainsi, les entreprises qui créeront de l’emploi dans ces domaines bénéficieront de mesures fiscales du gouvernement provincial. Reconnue pour la puissance de ses vents, la Gaspésie possède à Murdochville et à Cap-Chat les plus importants parcs éoliens au Québec. D’ici 2013, la CRÉ (Conférence régionale des élu(e)s) prévoit mettre en chantier des projets de 2000 mégawatts supplémentaires en consultation avec les citoyens. Cependant, certaines localités ont critiqué la venue des éoliennes, craignant qu’elles n’altèrent la beauté de leurs paysages.
Communications et culture

La Gaspésie, de gespeg qui signifie « la dernière terre » en micmac, et les Îles-de-la-Madeleine se sont forgé une forte identité teintée par leur environnement maritime et leur éloignement des grands centres, mais aussi par l’apport des diverses communautés ethniques. Berceau de la Nouvelle-France lors du débarquement de Jacques Cartier en 1534, la région est l’héritière des Acadiens, Canadiens français, Micmacs, Anglais, loyalistes, Jersiais, Irlandais et Écossais qui l’ont peuplée. Les artistes ont également contribué au rayonnement de la région : pensons à Noël Audet et Jacques Ferron en littérature ou à Laurence Jalbert et Kevin Parent en chanson.

Le ministère de la Culture et des Communications (MCC) indique que « la région connaît une recrudescence de son dynamisme local qui favorise, plus que jamais, une réelle prise en charge du développement culturel par la population ». Ce dynamisme s’illustre notamment par la profusion de festivals, de musées, de centres d’exposition et d’interprétation, d’économusées et de lieux de diffusion. Mentionnons en Gaspésie : le Festival en chanson de Petite-Vallée, le Festival international Maximum Blues à Carleton, le Festival Musique du Bout du Monde à Gaspé, le Festival international de jardins de Métis, le Musée de la Gaspésie, quatre centres d’interprétation et plusieurs organismes de diffusion des artistes locaux. Les Îles-de-la-Madeleine ne sont pas en reste avec le Festival Acadien à Havre-Aubert, le Festival de courts métrages Images en Vues et le Festival International Contes en Îles, pour en nommer quelques-uns. De nombreuses autres manifestations à caractère sportif et agrotouristique ont également lieu. Selon une étude réalisée par le MCC, la région comptait 31 institutions muséales en 1998.

Afin de développer la concertation entre les intervenants de la scène culturelle, la Gaspésie s’est dotée d’un conseil de la culture et les Îles, d’une corporation de développement culturel qui jouent un rôle prépondérant. La CRÉ a investi des fonds cette année pour consolider le Journal culturel Graffici et a formé une coalition pour protester contre les coupures de services à Radio-Canada. Au chapitre des médias, la région compte une dizaine d’hebdos, cinq journaux communautaires (dont deux en anglais), sept périodiques, deux télés privées, un bureau de Télé-Québec, quatre télés communautaires, trois radios commerciales, les chaînes de radio française et anglaise de Radio-Canada, ainsi que trois radios communautaires autochtones. Sans oublier les trois radios membres de l’ARCQ!

Les stratégies des radios régionales

CJRG – Gaspé

Le directeur général de CJRG, Jacques Chartier, est d’avis que la région connaît actuellement un petit regain et une tentative de relance avec tout ce qui touche à l’énergie éolienne. Le domaine de la fabrication de pales domine présentement le secteur industriel et la production est en opération jour et nuit.

« On sait que ce petit boum est un petit coup d’accélérateur. Nous avons même réussi à diminuer l’hémorragie de l’exode des jeunes et à colmater les fuites, même si le bilan est toujours négatif et se traduit tout de même par une décroissance », commente Jacques Chartier.

À sa façon, CJRG participe à l’essor régional en diffusant beaucoup d’informations. La station compte deux journalistes à temps plein et un journaliste à temps partiel et la programmation offre une émission d’affaires publiques qui devrait devenir quotidienne, en semaine, au cours de l’automne.

Pour ce qui est de l’impact de la situation économique régionale sur la station, après avoir connu une période difficile, les administrateurs ont été très prudents, ce qui a permis à CJRG d’accumuler une certaine réserve.

La radio fait tout de même place à un grand inconnu : l’arrivée d’un nouveau compétiteur dans le secteur de Percé. Le CRTC a autorisé la radio du golfe à passer de 5 à 5000 watts, ce qui risque de déborder sur le territoire de CJRG.

CIEU – Carleton

Couvrant un territoire qui s’étend de la Matapédia à Port-Daniel, CIEU est la seule station FM dans le marché central et sa concurrence se situe principalement sur la bande AM.

Le directeur général de la station, Louis St-Laurent, résume l’adaptation à la réalité gaspésienne par des ajustements constants, des remises en question et un réalignement selon l’actualité.

À son avis, le rôle de CIEU n’est pas de se retrouver assis autour d’une table pour participer ou donner ses points de vue, mais plutôt d’assumer un rôle médiatique de diffuseur de l’information au sens large. « On se donne le mandat d’être le porte-parole et de remplir notre rôle de communicateur qui est d’informer. »

Parmi les enjeux tributaires des caractéristiques régionales, notons les difficultés de recrutement des forces vives. Le bassin de bénévoles est sensiblement restreint, ce qui rend assez complexe la constance de la programmation.

« Quand des entreprises ferment ou que le taux de chômage grimpe, il y a inévitablement des impacts. Il nous faut donc être à l’affût et surtout imaginatifs, notamment pour tenter de prévoir la croissance des ventes et des revenus. L’an dernier, par exemple, on se demandait quel pourcentage de décroissance nous aurions à subir à la suite de la fermeture du moulin de New-Richmond… », affirme Louis St-Laurent.

Le directeur général demeure néanmoins optimiste de voir, au fil du temps, une forme de développement vers une certaine stabilité : « Peut-être qu’on va penser moins gros et en venir à quelque chose qui va durer », conclut-il.

CFIM, radio des îles

Contrairement au vaste territoire de la Gaspésie, CFIM jouit d’une étendue sensiblement limitée. Cette particularité géographique semble s’être transposée dans les mœurs de la population. « Nous profitons d’un sentiment d’appartenance renforcé, d’une volonté de survie immense liée à la dimension insulaire. C’est peut-être ce qui a amené les gens à prendre un virage pour retirer une partie des travailleurs du secteur incertain de la pêche et de les orienter ailleurs, notamment en tourisme. Nous avons par exemple des chasseurs de loups marins qui sont devenus des guides sur les glaces et certains pêcheurs qui sont devenus des conteurs », explique Charles-Eugène Cyr.

Cela dit, la réalité socioéconomique de la région rattrape tout de même les Îles et outre les grands atouts touristiques, la vie économique continue malgré tout de graviter autour du thème de la pêche. La station se donne donc les moyens de fournir de l’information pertinente à sa population et n’hésite pas, lorsqu’il le faut, à dépêcher hors de sa région un journaliste qui sera affecté à la couverture d’un colloque ou d’une réunion importante pour les décideurs de ce secteur d’activité.

CFIM célèbre cette année ses 25 ans et sa mission est toujours actuelle : informer, divertir et éduquer. Pour ce faire, la station se fait un devoir de donner accès aux ondes et de prendre les ondes pour susciter les débats et favoriser les échanges entre les gens du milieu. « Ce qu’on fait de mieux, c’est de la radio! » résume Charles-Eugène Cyr.

Pour maintenir le moral des troupes, la station redouble d’efforts afin de projeter une image positive du développement, en rapportant des nouvelles positives et intéressantes, notamment en matière de développement régional. Voilà une stratégie qui se traduit par une attention accordée à la relève entrepreneuriale, au retour des cerveaux ou aux petites activités locales culturelles.