La Côte-Nord

La Côte-Nord

Territoire bercé par les rivages du Saint-Laurent, la Côte-Nord s’étend sur 1280 kilomètres entre Tadoussac et Blanc-Sablon, ce qui représente le quart de la superficie du Québec, mais seulement 1,3 % de la population de la province avec 96 497 habitants, selon les statistiques de 2004. «Il faut dire que depuis 1986, la région a vu sa population diminuer de 7,7 % alors que la population québécoise dans son ensemble a augmenté de 15 % », affirme Jude Brosseau de la CRÉ Côte-Nord.
La région de la Côte-Nord, dont certaines des localités ne sont pas reliées au reste du Québec par voie terrestre, se répartit en cinq MRC et compte neuf communautés autochtones, pour une population divisée en trois groupes ethniques : Francophones, Anglophones et Autochtones.

La dynamique sociale et le retrait de la région par rapport au reste du Québec ont en quelque sorte initié le développement d’une dynamique propre à la Côte-Nord, qui favorise une prise en charge locale, mais surtout le développement d’une concertation audacieuse. « En matière de services à la population, la dynamique favorise l’ouverture et l’innovation. Les professionnels deviennent souvent des généralistes de première ligne afin de répondre aux besoins, que ce soit en santé ou au point de vue économique. Par exemple, lorsqu’il y a du recrutement de personnel et que l’on fait venir quelqu’un de l’extérieur de la région, il y a souvent du réseautage pour essayer de trouver un emploi pour le conjoint ou la conjointe, le tout afin de faciliter l’embauche et l’attraction vers la région », raconte Denis Clément, directeur général de la Corporation industrielle de Sept-Îles.

La population doit aussi faire les frais de l’exode de ses gens, notamment des jeunes qui quittent la région pour les études. Une situation encore plus criante en marge des grands centres d’attraction que sont Baie-Comeau et Sept-Îles. « Une fois que les gens vont à l’extérieur pour les études ou le travail, il est difficile de les
rapatrier ensuite. Ils se trouvent un emploi et/ou un conjoint et ils demeurent ensuite dans leur région d’adoption », avoue Denis Clément.

La migration s’effectue aussi de manière intra-régionale. En effet, une partie de la population de la Minganie et de la Basse Côte-Nord rejoint les grands centres des mois d’octobre à mars, jusqu’au retour de la saison de la pêche ou du tourisme. Cela fait partie des mouvements cycliques observés dans la région.

Économie : centrée sur les ressources et présentant des écarts importants

C’est au début des années 1900 que la Côte-Nord amorce une forte expansion industrielle, principalement liée à l’exploitation des ressources naturelles. Entre 1900 et 1904, les frères Clarke fondent Clarke City, une petite municipalité qui accueille à l’époque les employés de la compagnie des frères Clarke, la Gulf Pulp & Paper co., qui produira le papier servant à l’impression de l’Encyclopaedia Britannica. Clarke City est annexée à Sept-Îles en 1970. Le portrait socioéconomique de la région est asymétrique et comporte de grandes variations. « Le territoire comprend des villes industrielles où l’économie se porte bien et où les salaires sont parmi les plus élevés au Québec et des villages dévitalisés caractérisés par une économie
vacillante et un taux de chômage qui atteint 30 % et même 40 %, comme c’est le cas en Basse-Côte-Nord », soutient M. Brosseau.

Aussi étrange que cela puisse paraître, ni l’une ni l’autre de ces situations extrêmes ne semblent adéquate. En fait, la réussite industrielle apporte aussi son lot de problématiques comme le précise Denis Clément, directeur général de la Corporation industrielle de Sept-Îles. « L’entrepreneurship se heurte à la réalité de la grande entreprise qui verse souvent des salaires entre 45 000 $ et 50 000 $. Les gens qui seraient intéressés à se lancer en affaires changent d’idée et optent pour la facilité en travaillant pour une grande compagnie comme Alouette à Sept-Îles parce que c’est payant. Cette réalité explique pourquoi il y a peu de développement et pourquoi ceux qui ne se placent pas dans une grosse boîte préfèrent aller à l’extérieur », poursuit M. Clément.

La situation est à un point tel que le secteur du commerce de détail éprouve parfois de la difficulté à combler tous les besoins. Dans une mesure beaucoup plus large, l’activité économique nord-côtière repose
essentiellement sur la transformation des ressources naturelles, d’entreprises monoindustrielles et du travail saisonnier, en plus des mines, de la forêt, de l’énergie hydroélectrique, de l’exportation des ressources fauniques et de la transformation de l’aluminium. « Ces
entreprises sont fragiles à la conjoncture économique internationale et les centres de décision sont situés à l’extérieur de la région. L’économie de la Côte-Nord est donc dépendante de décisions et de facteurs externes », peut-on lire dans un mémoire de la Conférence régionale des élus de la Côte-Nord, présenté à la consultation publique de la Régie de l’énergie.

Culture entre l’émergence et la gloire

Le poète et chanteur Gilles Vigneault, originaire de Natashquan, a longtemps été la figure culturelle emblématique de la région. Depuis, plusieurs artistes se sont illustrés, dont les frères Vollant de la réserve Malioténam et, plus récemment, Manuel Gasse, originaire du Havre-Saint-Pierre. « En ce qui concerne le développement culturel, Sept-Îles a une salle de spectacles assez intéressante pour laquelle les gens travaillent beaucoup. Souvent d’ailleurs, il s’opère une concertation pour faciliter le déplacement des artistes dans la région, ce n’est donc pas un travail en vase clos », précise Denis Clément.
La région compte aussi plusieurs artistes issus des arts visuels que sont la peinture et la sculpture. Plusieurs villes ont également développé des festivals et des rassemblements ponctuels pour présenter tant leur relève que les talents locaux.

Qu’en pensent les DG des radios communautaires ?
Jean-Jacques Landry de CKNA, Natasquan et Berchmans Boudreau de CILE, Havre-Saint-Pierre se reconnaissent dans le portrait de la Côte-Nord, mais leurs positions laissent croire à deux solitudes : les grands centres industriels et la « banlieue » plus isolée. « La Côte-Nord est composée de quelques grosses villes et quelques grandes industries, mais pour la plus grande partie, la Côte-Nord se résume à de petits endroits caractérisés par une économie qui se cherche et l'exode des jeunes », avance Jean-Jacques Landry.

Son confrère du Havre-Saint-Pierre renchérit. « Les jeunes qui quittent la région représentent un phénomène que plusieurs disent alarmiste. C’est vrai et c’est faux en même temps. Oui, les jeunes quittent, mais l’attachement régional demeure et lorsque l’emploi revient, souvent les
jeunes reviennent aussi. » Bermans Boudreau pose le problème de l’exode des jeunes en lien avec l’emploi. Selon lui, depuis trois ans, il se vit un certain retour des jeunes qui pourrait s’accentuer parce que la
région sera confrontée à un manque de main-d'oeuvre. « Au Havre, nous avons une compagnie minière qui n’a fait aucune embauche pendant dix ans. Il y a donc une génération totalement absente parmi les employés. Cette entreprise engage à nouveau. De façon plus large, c’est près de 40 % de la main-d’oeuvre qu’il faudra remplacer dans les prochaines années sur la Côte-Nord, il y aura donc de l’emploi et l’exode ne sera plus nécessaire pour obtenir un train de vie décent. »

Cela dit, bien que cette vision soit différente de celle de Jean-Jacques Landry, elle ne vient en fait que montrer davantage combien le développement et l’économie de la Côte-Nord dépendent de l’emploi et des industries. « La survie de la région passe par une volonté politique de la part des gouvernements.  Actuellement, la tendance est à la centralisation. Plus on centralise, plus on sauve des sous et moins on investit en région. Il faut une volonté politique en dehors de Montréal et Québec. Une région comme Natasquan pourrait très bien avoir une industrie forestière par exemple, mais sans industrie, le dépeuplement et le vieillissent s’accentuent. »

Des pistes de solution commencent à émerger doucement. Des consultations régionales ont établi que le succès régional doit non seulement être tributaire de l’économie, mais également de la qualité de vie, ce qui implique d’assurer des services adéquats à la communauté, de maintenir des activités culturelles, de sports et de loisirs et de développer de nouvelles possibilités.
« Natasquan effectue un virage touristique : malheureusement, la saison est très courte, soit à peine deux mois par année. Il reste alors dix mois où la population tourne en rond. Les gens ne savent plus quoi faire, ce qui cause des problèmes sociaux », ajoute Jean-Jacques Landry.

Même si le portrait semble sombre à première vue, Bermans Boudreau estime que le travail se poursuit et que des actions concrètes sont prises pour changer la situation. « Au chapitre culturel, on sent que les gens se prennent en mains, ce qui se traduit par un rayonnement et un développement sur l’ensemble de la Côte-Nord. Il y a aussi de grands
projets qui sont sur le point de se développer, dont la réalisation d’un vaste chantier hydroélectrique de quatre barrages sur la rivière Romaine, prévue pour 2009. Ce chantier nécessitera des investissements de 7 milliards de dollars et la création de 2000 emplois dans la
période de pointe de la construction.

Lise Millette©2006